Revue de presse

Riss : "Y a-t-il encore quelque chose à sauver dans la religion  ?" (Charlie Hebdo, 17 août 22)

Riss, directeur de "Charlie Hebdo". 21 août 2022

[Les éléments de la revue de presse sont sélectionnés à titre informatif et ne reflètent pas nécessairement la position du Comité Laïcité République.]

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Lire "Y a-t-il encore quelque chose à sauver dans la religion  ?"

"[...] L’attaque contre Salman Rushdie ­devrait donc révolter tous les défenseurs d’une société plus juste. Les premières ­réactions qui ont suivi ce drame ont été celles de quelques écrivains, car, à travers la vie de Salman Rushdie, c’est leur liberté qui a été une fois de plus menacée.

Mais on a le sentiment qu’elles n’ont pas été aussi unanimes que cela. On a entendu quelques responsables politiques s’indigner, mais bien peu émanant d’autorités religieuses. Les ­articles de la presse iranienne félicitant ­l’auteur de cette tentative d’assassinat ne doivent pas occulter le fait que peu de chefs religieux sunnites et de chefs spirituels des autres religions ont condamné cet attentat.

Car le blasphème, comme toute autre forme de contestation des textes religieux, n’est jamais accepté par aucune religion. Entre elles existe une complicité silencieuse qui se satisfait de voir disparaître, par l’intimidation, la stigmatisation, voire le meurtre, ceux qui s’opposent à leur pouvoir.

[...] L’intolérance religieuse n’a pas baissé d’intensité dans le monde sous prétexte que des attentats de grande envergure comme ceux du 13 Novembre à Paris se font de plus en plus rares. L’arrogance des religions et leur prétention à régenter le monde n’ont jamais cessé de se renforcer, cela d’autant plus que le pouvoir temporel de ce xxie siècle apparaît souvent trop timoré.

Au nom d’un respect du fait religieux, que rien ne justifie qu’on le place au-dessus de toutes les autres manifestations de l’esprit humain, nos sociétés pourtant démocratiques donnent l’impression de se coucher devant la moindre revendication de nature religieuse. Ce climat de condescendance à l’égard du fait religieux ne peut qu’encourager les plus exaltés, les plus mystiques à faire taire d’un coup de couteau toutes les voix dissonantes.

Ce sont les plus déterminés qui gagneront. Et en ce moment, les plus déterminés se trouvent dans le camp des religieux, beaucoup moins dans celui des démocrates, des artistes et des écrivains.

Le soir même du drame, on décelait les premières fissures dans cette belle unanimité quand, au détour d’un plateau de chaîne d’info en continu, on entendait quelques commentateurs s’indigner de cet attentat, puisque le livre de Salman Rushdie Les Versets sataniques ne contient aucun blasphème. Ce qui sous-entendait que si cela avait été le cas, il aurait été compréhensible qu’un croyant se sente légitime à poignarder l’auteur d’écrits qui l’auraient blessé.

Tant qu’il y aura des gens pour entretenir cette abjecte ambiguïté, les fanatiques en particulier et les religions en géné­ral se croiront toujours au-dessus des lois.

Non, les religieux et les croyants ne sont pas supérieurs à ceux qui ne partagent pas leur vision du monde. Non, nous ne leur devons absolument rien, et surtout pas le respect de leurs croyances approximatives et de leurs rituels abscons, puisque, à part aux croyants, qui ont fait le choix d’y adhérer, elles n’ont pas vocation à s’impo­ser au reste de la société. Nous sommes donc libres d’écrire, de dessiner et de dire ce que l’on veut sur les religions et leurs croyances, que cela plaise ou non à ceux qui les ­pratiquent. C’est là la seule position qui mérite le respect."



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