Revue de presse

"L’Académie de médecine consent au suicide assisté" (La Croix, 18 juil. 23)

20 juillet 2023

[Les éléments de la Revue de presse sont sélectionnés à titre informatif et ne reflètent pas nécessairement la position du Comité Laïcité République.]

"Analyse Dans un avis rendu public jeudi 13 juillet, l’Académie nationale de médecine se prononce pour la première fois pour un droit à l’assistance au suicide, à condition qu’il soit assorti de « garanties ». Elle maintient son opposition à l’euthanasie.

Mélinée Le Priol

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Après le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) en septembre dernier, la mission d’évaluation de la loi Claeys-Leonetti en mars, la Convention citoyenne en avril, le Conseil économique, social et environnemental (Cese) en mai et la Cour des comptes début juillet, une nouvelle contribution de poids vient alimenter le débat national sur la fin de vie. À quelques semaines de la présentation du projet de loi promis par Emmanuel Macron « d’ici à la fin de l’été », un avis de l’Académie nationale de médecine a été rendu public jeudi 13 juillet. Il préconise, « à titre exceptionnel » et « sous conditions impératives », le droit à l’assistance au suicide.

« Il est inhumain, lorsque le pronostic vital est engagé non à court mais à moyen terme, de ne pas répondre à la désespérance de personnes qui demandent les moyens d’abréger les souffrances qu’elles subissent du fait d’une maladie grave et incurable », lit-on en conclusion de ce texte de douze pages. Les académiciens l’ont adopté le 27 juin à 60 voix sur 94 (24 ont voté contre, dix se sont abstenus), tranchant avec leurs positions passées sur le sujet. « Tenant compte de la volonté du législateur » de faire évoluer la loi, cette institution soutient désormais « l’incorporation prudente et encadrée » du droit au suicide assisté, afin d’« aider à mourir le moins mal possible ».

Des réserves et des inquiétudes chez les professionnels

L’Académie de médecine maintient néanmoins son opposition à la dépénalisation de l’euthanasie. Nécessitant l’administration de la substance létale par le médecin, celle-ci transgresse en effet le serment d’Hippocrate (« Je ne provoquerai jamais la mort »), souligne cet avis. Tandis que dans le cas du suicide assisté, le médecin prescrit le produit à la personne qui se l’administre elle-même. L’institution estime ainsi tenir compte des « vives réserves et inquiétudes de la majorité des professionnels de santé investis dans l’accompagnement de la fin de vie » vis-à-vis de l’euthanasie. Sa dépénalisation risquerait de « brouiller les repères de leur vocation », indique le texte, et même « d’aviver la crise actuelle du manque de soignants ».

« Au moins, nous avons réussi à nous faire entendre sur ce point », concède Sophie Moulias, gériatre hospitalière. La Société française de gériatrie et gérontologie (SFGG), dont elle est membre, fait partie des treize organisations professionnelles à avoir publié, en février, un avis fermement opposé à « l’aide active à mourir » sous toutes ses formes. « Avant d’avoir l’autorisation de tuer, nous voulons déjà avoir celle de soigner », insiste cette praticienne, rappelant l’accès insuffisant aux soins palliatifs à travers le territoire. « Si certaines personnes trouvent leur fin de vie insupportable, c’est entre autres parce qu’elles ne bénéficient pas des soins auxquels elles ont droit. C’est cela, l’urgence ! »

S’interroger sur « les garanties à apporter »

De son côté, la psychiatre Sarah Dauchy, présidente du Centre national des soins palliatifs et de la fin de vie, salue un avis qui « s’ancre de manière réaliste dans la réalité clinique et l’offre de soins actuelle » et qui « a le mérite de s’interroger de manière très concrète sur les garanties à apporter ». L’Académie de médecine appelle à exclure du champ de l’assistance au suicide les maladies psychiatriques, mais aussi l’état dépressif ou encore « le grand âge avec troubles cognitifs avérés ».

« Sauf qu’une fois le processus enclenché, les verrous initiaux sautent les uns après les autres », réplique la gériatre Sophie Moulias. « Que ce soit au Canada, en Suisse, en Belgique ou aux Pays-Bas, on euthanasie désormais des personnes déprimées ou souffrant de troubles cognitifs. »"



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